Les gros investissements pour le compte de l’énergie en Afrique devraient être attribués aux petits producteurs

La bonne nouvelle est que des pays développés ont réservé 10 milliards de dollars pour amplifier l’expansion des énergies renouvelables en Afrique. Mais il faut que ces fonds soient utilisés sagement pour créer un vrai impact, pas uniquement sur l’énergie. C’est l’argumentation d’Aaron Leopold, global energy representative chez l’ONG internationale Practical Action.

Pendant les négociations sur le climat à Paris récemment, la Suède et les pays de G7 se sont engagés à réunir au moins $10 milliards pour l’expansion de l’énergie renouvelable en Afrique dans le cadre de l’Initiative de l’Afrique sur les Energies Renouvelables. C’est sans doute une bonne nouvelle, mais il faut que la somme soit dépensée sagement si c’est pour financer un changement transformateur.

La somme d’argent pourrait paraître petite pour les compagnies multinationales d’énergie occidentales qui font des milliards d’euros de bénéfice chaque année. Il pourrait aussi paraître logique que de grosses sommes devraient être utilisées pour des grands projets d’infrastructure selon l’habitude et l’expertise des grands porteurs de projets d’énergie et des grands opérateurs internationaux.

aaron slide cop 2 blog

Cependant, les améliorations les plus importantes au niveau de l’Indice de Développement Humaine (IDH) se trouvent là où le niveau de consommation d’énergie est autour de 10% de celui de la plupart des pays OCDE. Donc, si le but de ces $10 milliards est d’améliorer des vies, des cadres de vie et le bien-être en général, il est plutôt nécessaire de soutenir un grand nombre de petits producteurs au lieu d’un petit nombre d’investissements dans des grands producteurs d’énergie.

Dans le passé, des projets d’infrastructure en Afrique ont mis en place des lignes de transmission sur le dos des citoyens au lieu d’en faire à leur. D’une part parce qu’on croyait que les grand projets donnaient de grandes opportunités économiques, et d’autre part parce qu’il était assumé que la population du continent, pour la plupart très pauvre, ne voulait pas ou ne pouvait pas payer pour l’énergie de toute façon. C’est pourquoi, après 60 ans d’assistance au développement, plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à n’importe quelle forme d’énergie moderne aujourd’hui. Et l’Agence Internationale de l’Energie prévoit qu’encore plus de personnes n’en auront pas accès à l’avenir à cause de la croissance de la population qui dépassera l’expansion de l’infrastructure.

Cependant, nous sommes dans une période de changement rapide et une nouvelle génération d’entrepreneurs met en cause les modèles traditionnels d’approvisionnement d’énergie et montre des assomptions sur des personnes vivantes dans la pauvreté qui ont été complètement malavisées. Des entreprises comme la compagnie solaire Kényane M-Kopa, qui vend 15 000 petits systèmes solaires domestiques par mois, fournissent de l’énergie qui est économiquement rentable pour leurs clients et qui également améliore leurs vies par l’alimentation des ampoules, des ventilateurs, des chargeurs de téléphones portables, des télés et radios et même des frigos.

Ils comprennent que tout le monde, soit riche ou pauvre, est prêt à investir dans des produits qui améliorent leur vie. Et si vous n’avez pas d’électricité du tout, la première petite quantité d’énergie fait l’amélioration le plus radicale dans la qualité de vie. Etonnamment, les Gouvernements et les grands producteurs d’énergie n’avaient pas compris cela pendant longtemps.

Les M-Kopas de ce monde créent également des emplois et ils ont le potentiel d’être révolutionnaire s’ils se sont donnés l’opportunité. Effectivement, l’Agence Internationale pour les Energies Renouvelables (IRENA) estime que le secteur d’accès à l’énergie pourra fournir 4 million d’emplois au niveau mondial d’ici 2030. Dans une autre analyse, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP) estime que seulement en Afrique de l’Ouest, plus de 500 000 emplois peuvent être crées par le secteur d’éclairage hors réseau. Ceci est considérablement plus que ce qu’aurait été possible par mégawatt à travers des centrales classiques à grandes échelles basées sur les énergies fossiles.

C’est encourageant que les donateurs commencent petit à petit à reconnaître cette réalité. Maintenant, plutôt que donner des soutiens par des incubations directes et du financement directs à des compagnies individuelles qui sont fastidieusement lent, il faut qu’ils aident à la mise en place d’un environnement où une vague des entreprises d’énergie décentralisées peuvent prospérer. Nous avons besoin des reformes des politiques et des régulations, de la minimalisation de risque de taux d’échange, des certitudes sur la qualité des produits (des produits moins-chers de faible qualité diminuent déjà la confiance dans ce marché croissant), et des reformes des tarifs d’importation. Si tout cela a été mis en place, nous pourrons améliorer les affaires ainsi que la qualité de vie en Afrique.

Cette action encouragerait également les financiers du secteur privé désireux de sortir de l’ombre et de travailler avec ces entrepreneurs. De nos jour, on peut facilement avoir accès à des financements, mais dans l’espace de l’énergie, le financement des entreprises est beaucoup plus ciblé vers les services publics africains en faillite que de nouvelles sociétés d’énergie des petites et entreprises dont les produits sont très populaires.

Les 10 milliards US $ pourraient véritablement révolutionner l’énergie en Afrique en fournissant de l’autonomisation que de la puissance. Il faudrait juste que cet financement soit dépensé à bon escient pour apprendre à agréger les petits projets, garantir des prêts et aussi pour réduire de manière générale les risques associés à des sociétés de services énergétiques décentralisés.

 


Auteur : Aaron Leopold. Version originale en anglais publiée par The Economist le 14 décembre 2015